Arnaud Pellegrin 5eme génération

Arnaud Pellegrin 5eme génération

Dans la continuité des cinq interviews de jeunes bijoutiers réalisées dans le cadre du dossier « Une nouvelle génération de bijoutiers dans
un commerce en mouvement » paru dans notre précédente édition, UBH magazine n°15, nous avons souhaité donner la parole à Arnaud Pellegrin,
joaillier à Marseille et Aix-en-Provence, dans le cadre de la transmission de l’entreprise familiale dont il est depuis trois ans le Président.

Fils de Jean-François Pellegrin, et issu de la 5e génération de joailliers, Arnaud Pellegrin s’inscrit dans la continuité et la modernité d’une maison de renom, implantée en
Provence depuis 1840. Aujourd’hui Président de l’entreprise familiale, qu’il a rejoint il y a dix ans, Arnaud Pellegrin est Diplômé du GIA de Londres et du GIA de New-York en
Jewelry Design, puis du Master Family Business d’HEC Paris où il a pu parfaire ses connaissances en gestion, marketing, stratégie d’entreprise dans  un cadre de transmission d’entreprise.

SM : Pouvez-vous nous décrire votre trajectoire professionnelle ?

AP : Avant de travailler aux côtés de mon père et de ma soeur, j’ai effectué un « tour d’horizon » du métier : « J’ai d’abord travaillé chez Georland à Paris
puis avec André Messika avant qu’il ne développe sa marque et enfin chez Christie’s pour qui j’ai eu le plaisir d’organiser une très belle vente à Londres. » J’ai, en quelque sorte, « remonté » la filière avant de revenir chez mes parents, conforté dans l’idée que le patrimoine familial était très qualitatif et pérenne. Qui plus est, cette période a révélé mon fort attrait pour les pierres et plus particulièrement pour le diamant.La distribution HBJO est en pleine évolution, à l’image de la distribution en général. En sentez-vous les effets ?Oui, c’est indéniable. Elle se métamorphose, même. Le métier devient de plus en plus distributeur au détriment de la création, du produit et du sens du service, alors que ce sont des éléments clés de la satisfaction client. Nous essayons de ne pas nous laisser happer par ce phénomène. La clientèle que nous accueillons recherche des produits  spécifiques, conçus avec des matières premières de qualité, naturelles et porteuses de valeurs. Nous ne sommes pas vraiment dans un métier de niche mais nous essayons de préserver les fondamentaux de notre activité. En revanche, il est vrai que le digital prend une part de plus en plus importante dans les stratégies de distribution et nous avons compris à quel point notre site Internet était complémentaire du magasin et qu’il était une vraie valeur ajoutée auprès des clients existants et futurs. Car souvent, de futurs clients se déplacent au magasin après avoir consulté notre site et déterminé le choix d’un bijou. D’ailleurs, nous avons créé un site marchand qui fonctionne plutôt bien pour les petits prix. Les clients ont encore une certaine appréhension des commandes élevées par Internet. Le site internet est la transposition digitale de notre positionnement local et il est devenu indissociable de notre activité.

SM : Pensez-vous que les distributeurs parviennent à s’adapter aux nouveaux modes de consommation ?

AP : Ce sont les clients qui façonnent le marché et ils sont nos principaux créateurs. Ils recherchent de plus en plus des produits de personnalisation. La majorité de notre activité repose sur la création. Faire un bijou, c’est comme
faire de l’architecture… en travaillant la matière, les formes… Nous devons écouter davantage le client et ses désirs.
Le dernier mot est bien celui du client et il faut tout mettre en oeuvre pour l’écouter et le satisfaire à chaque étape de son achat. De même, les fabricants ont un rôle d’accompagnement important auprès des distributeurs car nous
avons besoin de souplesse pour pouvoir modifier un produit à la demande du client. Les fabricants doivent être davantage à l’écoute du client final.

SM : Comment imaginez-vous votre métier dans dix ans ? Quels leviers essentiels devraient être actionnés ou quels freins faudrait-il nécessairement lever ?

AP : Les leviers viennent certainement de l’évolution de la vente en ligne et la digitalisation. Un site marchand fait venir les clients dans le magasin et n’est aucunement concurrent comme on
peut l’entendre parfois. Cela représente un coût et du temps, mais le gain est incontestable et cela permet une visibilité décuplée. Nous avons internalisé la gestion de notre site qui occupe un
poste à plein temps. Autre levier : la technologie via les imprimantes 3 D qui risquent de changer les modèles d’affaires de certains fabricants et créateurs. En 2004, Georland utilisait déjà une imprimante
3 D. C’était très rare à l’époque car très encombrant et coûteux, mais aujourd’hui les modèles sont beaucoup plus petits et très abordables. Leur utilisation va rapidement se développer. Quant aux freins, ils sont règlementaires et liés aux contraintes économiques et administratives qui pèsent sur notre profession (rachat d’or, rabaissement du seuil des espèces…). Je déplore ces mesures décrétées sans concertation avec les professionnels et si compliquées à faire évoluer par la suite, malgré les interventions de l’UBH.

SM : Quelle est votre vision d’un syndicat professionnel moderne et des interactions avec vos confrères ?

AP : Avant tout, le rôle fondamental du syndicat est de défendre les intérêts de la profession devant les pouvoirs publics.
Il est ensuite de cultiver la solidarité des bijoutiers entre eux, avec leurs fournisseurs… assurer une certaine osmose et une fluidité dans leurs relations. Veiller au respect de l’éthique et assurer
la pérennité tout en étant moderne et attentif aux évolutions.

Propos recueillis par Sandrine Marcot