Le joaillier Marseillais Pellegrin veut redorer sa griffe avec le Web

Le joaillier Marseillais Pellegrin veut redorer sa griffe avec le Web

Le nouveau président de la joaillerie Pellegrin & Fils s’apprête à mettre un sérieux coup de plumeau sur l’activité des cinq générations qui ont forgé sa signature.


Dans quelques jours, le savoir-faire de ses ateliers marseillais sera accessible en ligne sur un site qui présentera à la vente plus d’un millier de pièces de son catalogue historique. La maison y griffera des modèles d’entrée de gamme siglés « by P & F » mais elle proposera également des dessins inédits sertis de pierres de grande valeur dépassant 50.000 euros. « Le marché réclame plus de services auxquels les boutiques sous leur forme traditionnelle ne peuvent pas répondre. Avec Internet, nous voulons prolonger l’expérience jusque dans l e salon de nos clients », explique Arnaud Pellegrin.

La société qui vient de célébrer 175 années d’existence se p r é s e n t e comme la pl u s ancienne joaillerie familiale de l’Hexagone. La maison dispose de son propre atelier et d’une expertise qui lui permet de se fournir directement sur les principales places d’échange de diamants dans le monde. Elle possède cinq magasins entre Marseille et Aix-en- Provence qui emploient une trentaine de salariés. L’ensemble réalise 10.000 ventes annuelles, et sur un marché de la bijouterie joaillerie de centre-ville globalement en baisse, la maison parvient à maintenir une croissance régulière, avec un chiffre d’affaires qui vient de dépasser 10 millions d’euros.

Victimes de la concurrence des grandes marques, de la percée des bijoux fantaisie et de la concentration de la distribution dans les grandes surfaces, les signatures régionales indépendantes sont contraintes de réagir. La France, jadis prospère dans cet artisanat de luxe, compte désormais moins d’une dizaine de noms, comme Beaumont & Finet à Lyon (lire ci-dessous), Ferret à Nice, Lepage à Lille, ou Julian à Cannes. Et le réseau de bijouteries traditionnelles se délite également : depuis 1994, leur nombre abaissé de près de moitié pour s’établir à 6.200 magasins spécialisés en 2014, selon le cabinet d’étude Xerfi.

Thom Europe et Synalia sont les deux principaux groupes multi enseignes du secteur, ajoute l’étude. Le premier se développe exclusivement par succursalisme et possède notamment Histoire d’Or, Marc Orian, TrésOr, Pop Bijoux et J’M. Le second fédère de son côté des indépendants rattachés à Julien d’Orcel, La Guilde des Orfèvres, Mégalithes ou encore Ozencia. L’hémorragie chez les petits se poursuit avec le départ à la retraite de nombreux commerçants indépendants : près de 500 d’entre eux ont encore arrêté leur activité l’an passé et beaucoup de ceux qui restent migrent du métier de joaillier à celui de simple concessionnaire de grandes marques. « Un nouvel équilibre se construit», reconnaît Hubert La pipe pour le Comité professionnel de l’horlogerie , de la bijouterie et de la joaillerie France Eclat. « Nous pensons que les ventes de centre-ville vont continuer de baisser et que les grandes surfaces vont externaliser leurs activités en créant de véritables enseignes spécialisées », affirme-t-il. La bijouterie de quartier représente encore le tiers des ventes en volume contre 21 % pour les grandes surfaces.